L'industrie militaire israélienne et la production de drones

08.06.2013

Categories: Embargo militaire

L'économie israélienne dépend beaucoup du secteur de la défense, qui emploie 40.000 personnes, occupe une place importante dans l'économie israélienne. Pour des raisons politiques et économiques, les gouvernements successifs ont investi dans les industries privées et publiques israéliennes, lesquelles ont acquis une expertise dans le domaine des systèmes électroniques et des équipements militaires construits à base de haute-technologie au point de les hisser à une place de leader mondial. 

Israël a développé son expertise dans le domaine de l'armement et de la surveillance, en particulier à des fins de contrôle de la population palestinienne, et c'est dans ce contexte qu'il faut situer l'Appel pour un embargo militaire contre Israël lancé depuis la Palestine par le comité national pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS NC) pendant l'été 2010.

Cet appel a été largement relayé par différentes associations au niveau international, dont par exemple, le Réseau européen contre le commerce d'armes – dont fait aussi parti le GSSA – qui a publiquement soutenu cet embargo et appelé à mettre un terme à «toute formation dans le cadre militaire et consultation avec l'armée israélienne, les sociétés militaires et les institutions de recherche universitaires ».

Dans le même ordre d'idées, il faut citer la brochure du Réseau juif international antisioniste (IJAN) :« Le rôle d'Israël dans la répression au plan mondial », publiée en 2012.

 

Histoire du développement des drones en Israël

Ce sont des entreprises israéliennes qui ont été les premières à concevoir, dans les années 1970, une nouvelle génération de drones dont on peut modifier la trajectoire en vol, alors qu'auparavant il n'était possible que de les utiliser contre une cible prédéfinie.

Lors de la guerre du Kippour, entre le 6 et le 24 octobre 1973, les drones de l'armée israélienne (fournis par IAI) étaient équipés de petites caméras mais dont les images étaient réceptionnées en temps différé, et donc inopérantes face aux batteries mobiles SA-2 et SA-3 dont étaient munies les forces égyptienne et syrienne. Le fiasco fut total pour l'armée israélienne. En 48 heures, les forces ennemies ont pris le pays en tenaille entre le Sinaï et le Golan et l'utilisation massive de missiles sol-air SAM par les armées arabes a anéanti 40% de l'aviation israélienne.

Neuf ans plus tard, début 1982, IAI a souhaité faire une démonstration à l'armée israélienne des progrès réalisés. Le général commandant de la région Sud, un certain Ehud Barak, a consenti à superviser les essais dans le désert de Néguev. Ces essais ont été plus que concluants mais malgré tout, IAI n'a pas obtenu l'autorisation de poursuivre le développement de ses drones. Le traumatisme de 1973 était probablement encore trop présent.

Quelques mois plus tard, le 6 juin 1982, Israël déclenchait l'opération Paix en Galilée, pour laquelle le général David Ivry, chef d'état-major, donna l'ordre d'utiliser les drones Scout de IAI pour opérer au-dessus du Liban et aussi de la Syrie contre les bases de l'OLP. Les drones ont permis de détecter vingt-huit batteries de défense syriennes, qui ont toutes été détruites. Cette victoire a été le vrai déclencheur de l'industrie israélienne du drone. L'armée américaine n'a d'ailleurs pas tardé à suivre l'exemple en s'associant durablement à Israel Aircraft Industries (IAI).  

Durant l'Opération Plomb durci contre Gaza, une version plus grande et plus sophistiquée de drone a été "testée". Des groupes israéliens et palestiniens défendant les droits humains ont rapporté que 42 attaques de drones ont tué 87 civils pendant les combats.

Dans un article du Washington Post du 3.12.2011, Scott Wilson explique comment les drones israéliens affectent la vie à Gaza. Des Gazaouis ont confié à Wilson que leurs enfants vivent dans la peur des drones et qu'ils abandonnent leurs voitures, renoncent à leur vie sociale et restent enfermés quand le vrombissement familier se fait entendre. Ils craignent de rester à proximité d'un groupe de jeunes hommes. Ils ont peur qu'un pilote de drone ne prenne leur tenue pour celle des terroristes.

«L'armée d'Israël n'est peut-être plus présente sur le territoire, expliquait un défenseur palestinien des droits humains, mais elle est dans les airs —et observe, sans arrêt, chaque centimètre carré de Gaza.» Malgré l'absence de chars et de soldats israéliens, les Gazaouis se sentent encore occupés —et dans un sens, ils le sont en effet. Toujours à propos de l'attaque contre Gaza, Shir Hever, économiste israélien a donné une interview intéressante dans une vidéo sur RealNews (en anglais) sur la privatisation de la guerre par Israël.

Les drones ont également joué un rôle encore plus important dans l'opération israélienne Pilier de défense contre Gaza en novembre 2012 (voir notamment le communiqué de Human Rights Watch. Ils servent également à surveiller les manifestations hebdomadaires, par ex. à Nabi Saleh, et plus généralement des territoires peuplés par des Palestiniens. Un article (en anglais) attire l'attention sur le fait que même si les frappes de drones israéliens font moins la une des médias que celles des drones états-uniens, ils continuent à faire des morts, notamment à Gaza.

 

Exportation de drones israéliens

D'après un article de La Croix du 23.5.2013, une étude de Mike Blades du cabinet Frost et Sullivan montre que Israël est le premier exportateur de drones, loin devant les Etats-Unis, et va conserver cette position. Ce même article déclare que de 2005 à 2007, les firmes israéliennes ont exporté quelque 4,6 milliards de dollars de drones et de services liés à ces engins, essentiellement à usage militaire. A titre de comparaison, sur la même période les exportations de drones américains ont atteint 2,9 à 3 milliards de dollars (...).

Les producteurs de drones en Israël commercialisent de manière agressive leurs plateformes dans le monde entier. Ces firmes tirant la plus grande partie de leur chiffre d'affaires de l'exportation, cette tendance va continuer et s'accentuer.

Israël n'est pas signataire des accords de contrôle des exportations mis en place par Washington et ses alliés, pour éviter la prolifération des missiles et des drones. Mais M. Blades relève qu'Israël a modifié en 2007 sa législation sur les exportations, sous la pression des Etats-Unis, pour l'aligner sur les accords en question.

L'industrie israélienne du drone regroupe aujourd'hui quatre constructeurs, d'ailleurs pas forcément avionneurs puisqu'aux côtés de IAI et de Elbit Systems, se trouvent désormais des entreprises d'électronique telles que Tadiran Electronic Industries et la société Blue Bird.

Article sur l'importance de l'exportation de drones israéliens (en anglais): Israel leads globaldrone exports...

 

IAI et Elbit Systems

IAI et Elbit, les deux entreprises israéliennes avec lesquels armasuisse est en pourparlers pour l'achat de drones, sont des exemples types de ce que BDS nomme "des entreprises complices"

Elbit Systems est une firme à 95% militaire, la première firme de "sécurité" et de "défense" d'Israël, spécialisée dans l'électronique militaire, les drones, les systèmes de surveillance et de contrôle des populations. Elle fournit l'armée de terre, la marine et l'aviation dans les territoires palestiniens occupés. Elbit Systems vend des drones et des systèmes de surveillance des populations à plus de 13 pays.

IAI - Israel Aeronautics Industry est une entreprise publique, la première entreprise d'armement, avec des activités entièrement militaires: espionnage satellite, drones, missiles anti-missiles, avions et hélicoptères militaires, équipement de la marine de guerre, avions de surveillance, missiles sol-air.

 

Les Palestiniens victimes et cobayes

De 2000 à 2008, les drones Skylark et Hermes d'Elbit Systems ont participé aux attaques qui ont causé la mort de 745 Palestiniens, dont 233 non-résistants de tous âges. Pendant l'attaque de 2006 contre le Liban, des dizaines de personnes, dont des conducteurs d'ambulance ont été tués ou blessés lors d'attaques de drones. A Gaza, fin 2008, les drones ont entraîné la mort de 78 Palestiniens, dont 29 enfants. Elbit systems équipe de systèmes de surveillance des grillages du Mur de séparation entre les territoires israéliens et les colonies illégales de Cisjordanie.

IAI, via sa filiale Ortek, équipe le mur d'apartheid. Le drone Héron a été largement utilisé pendant les massacres de l'opération "Plomb Durci" en 2008-2009.

Pour un dossier complet sur IAI et Elbit, voir notamment le dossier de presse élaboré par le groupe BDS dans le cadre de sa réaction contre la Convention d'affaires aéronautique "Aéromart-Toulouse 2012" ainsi que le rapport de Shir Hever au Tribunal Russel sur la Palestine Le rapport Falk mentionne également Elbit Systems.

 

Les Etats peuvent décider d'appliquer le boycott, la Suisse pourrait en prendre exemple

En 2009, le Fonds de Pension Norvégien s'est désinvesti de Elbit en accord avec sa politique éthique, et surtout parce-que Elbit fournit des équipements pour la construction du mur de séparation en Cisjordanie, déclaré illégal par la Cour internationale de justice de La Haye en 2004. Cette décision a été suivie par des décisions similaires des fonds de pension suédoises et néerlandaises.

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