Culturescapes : Exposer l'art israélien ne fait pas l'unanimité

29.09.2011

Categories: Boycott culturel

BOYCOTT • Ingérence d’un Etat dans une manifestation artistique ou lien pour atténuer les antagonismes? Culturescapes, cette année, divise.

Les tensions autour de la question palestinienne s’exportent sur le terrain de la culture. Le festival suisse Culturescapes (littéralement: paysages culturels) est consacré cette année à Israël. Cette neuvième édition patronnée par Micheline Calmy-Rey a fait l’objet d’un appel au boycott de la part des activistes de la section suisse de la campagne BDS (boycott-désinvestissement-sanctions), qui soutiennent l’appel de la société civile palestinienne au respect des droits humains par Israël. Si le choix de la programmation d’artistes de l’Etat hébreu est entièrement suisse, le financement, lui, provient d’Israël. Le collectif accuse la manifestation de «propagande déguisée» pour camoufler un «apartheid made in Israël».

But de la campagne BDS: «faire pression par le moyen du boycott citoyen». Habituellement, celle-ci vise plutôt les biens de consommation produits en Israël. Faut-il considérer la culture comme un produit consommable? «Bien sûr que non», répond Gabriel Ash, écrivain israélien, membre du Réseau international juif antisioniste et signataire de l’appel au boycott de BDS. «C’est une manière de contrer le Brand Israël, la campagne officielle destinée à donner une meilleure image de l’Etat hébreu dans le monde.» Selon lui, c’est ce lobby étatique qui a ouvert les hostilités en choisissant l’art comme vecteur de son message. Dans les méandres de la programmation, on trouve une conférence le 7 novembre au Tessin, portant sur la définition de l’identité collective israélienne. Invité d’honneur: Moshe Arens, ancien ministre successivement de la Défense et des Affaires étrangères, fait remarquer M. Ash. Preuve pour lui que la propagande s’immisce dans une manifestation culturelle. Après les artistes, au début de l’année, ce sont donc les spectateurs qui sont invités à bouder les quelque cent vingt événements de Culturescapes prévus de septembre à décembre dans une trentaine de villes suisses.

 

Culture «territorialiste»

«Israël n’a en aucun cas influencé notre choix», se défend Jurriaan Cooiman, fondateur et directeur de Culturescapes. «Cela fait d’ailleurs partie du contrat que nous passons avec les ambassades. Nous devons être libres dans notre choix des artistes que nous produisons.» Selon lui, les seules pressions subies lors de la programmation proviennent de la campagne BDS.

Pour Tobia Schnebli, membre du Comité Urgence Palestine, qui soutient l’appel du BDS, la définition même de Culturescapes pose problème: celui d’une culture définie par un territoire. «La culture est faite d’apports extérieurs et d’échanges. C’est d’autant plus vrai en Israël, terre d’immigration en provenance d’horizons différents. Mais, dans ce mélange, la culture préexistante ne doit pas être niée. Or la programmation du festival fait abstraction de la période précédant l’Etat d’Israël.» En d’autres termes, les Palestiniens d’Israël sont sous-représentés à ses yeux. «Nous ne cherchons pas à refléter la population au prorata de ses origines», rétorque M. Cooiman. «Le but de la manifestation est de présenter un panel le plus large possible d’artistes israéliens. Dont bon nombre d’écrivains ou de cinéastes indépendants. Il y a une véritable culture de la protestation en Israël qui doit par conséquent être représentée dans le festival.»

La culture ne devrait pas être récupérée pour le combat politique, s’accordent à dire les deux conseillers nationaux Martine Brunschwig Graf et Carlo Sommaruga, tous deux membres de la commission de politique étrangère. Pour la première, «la culture est un véhicule de communication non agressif, elle permet de mieux comprendre l’autre». Le boycott punit les artistes et ne résout rien, estime la libérale. Pour sa part, le socialiste dénonce l’utilisation par l’Etat hébreu de la culture comme arme de communication. «Le boycott cessera le jour où le gouvernement abandonnera cette stratégie», analyse M. Sommaruga.

 

Quatre ou cinq retraits

L’impact de l’appel du BDS est resté faible, déclare M. Cooiman. Quatre ou cinq partenaires sur la quarantaine que réunit Culturescapes se sont retirés. «Une manifestation a eu lieu le 14 septembre à Bâle lors du vernissage de l’exposition au Kunsthaus.»

Par ailleurs, la lettre ouverte adressée au danseur phare de la compagnie genevoise Alias, Guilherme Botelho - notre édition du 27 août (1), lui demandant d’annuler les dates de ses représentations à Tel-Aviv, n’a pas eu l’effet escompté, indique Sabina Schwarzenbach, cheffe de la communication chez Pro Helvetia, partenaire de Swiss season, un événement lié à Culturescapes.

 

(1) www.lecourrier.ch/alias_tel_aviv
www.culturescapes.ch

 

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